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Depuis 1997, quatre études animales de longue durée comportant au total sept expériences distinctes ont été publiées sur les champs magnétiques. La première a été réalisée au Québec (Canada) par une équipe de l'Institut Armand-Frappier dirigée par le chercheur R. Mandeville (Mandeville et coll., 1997). Dans cette étude, quatre groupes de rats femelles ont été exposés 20 heures par jour et pendant toute leur vie à des niveaux de champs magnétiques de 2, 20, 200 et 2 000 µT (cette dernière intensité équivaut à environ 13 000 fois le niveau de champ magnétique ambiant d'une maison). Ces groupes de rats ont été comparés à des groupes témoins vivant dans les mêmes conditions de laboratoire, mais sans exposition significative au champ magnétique. À la fin de la période d'exposition des rats, près d'une cinquantaine d'organes et de tissus biologiques ont fait l'objet d'une analyse, dans le but de repérer les tumeurs bénignes et malignes (cancers). Aucune augmentation de tumeurs n'a été observée chez les animaux les plus exposés aux champs magnétiques par rapport aux animaux non exposés.
La seconde étude, publiée elle aussi en 1997, a été réalisée au Japon par une équipe de l'Institut Mitsubishi Kasei des sciences toxicologiques et environnementales dirigée par Y. Otaka. Elle portait à la fois sur des rats mâles et femelles (Yasui et coll., 1997). Le niveau maximal d'exposition dans cette étude était plus élevé que ceux de l'étude québécoise, soit 5 000 µT. Ici non plus, aucune augmentation de tumeurs n'a été observée chez les animaux exposés comparativement aux animaux témoins.
Les deux autres études, publiées en 1999, ont été réalisées aux États-Unis en collaboration avec le National Institute of Environmental Health Sciences et ont utilisé les protocoles traditionnels pour évaluer la cancérogénicité (Boorman et coll., 1999; McCormick et coll., 1999). Les niveaux d'exposition maximaux étaient de 1 000 µT. L'une a utilisé des rats, mâles et femelles, et l'autre, des souris, également mâles et femelles. Les résultats montrent encore une fois peu ou pas d'indices que ces expositions augmentent le risque de tumeurs.
(toutes les références bibliographiques sont en anglais seulement)
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Cancers chez l'enfant
Vingt-six études épidémiologiques portant sur l'exposition aux champs magnétiques et les cancers infantiles ont été réalisées. Elles ne sont pas toutes de qualité égale, mais les plus récentes ont utilisé les meilleures méthodologies disponibles et ont porté sur de très grandes populations dans le but d'arriver à des résultats plus précis. Ce sont principalement la leucémie et le cancer du cerveau qui ont fait l'objet de ces études. Chez l'enfant, ces cancers sont parmi les plus fréquents.
Les plus grosses études, effectuées aux États-Unis ainsi qu'au Canada et en Grande-Bretagne, n'ont pas démontré de risque plus élevé de leucémie chez les enfants les plus exposés aux champs magnétiques. Les résultats rapportant un risque plus élevé proviennent surtout d'études où l'exposition des enfants est basée sur la présence de lignes électriques au voisinage de la maison, alors que les études qui ont rapporté des résultats basés sur la mesure réelle des champs magnétiques dans les domiciles des enfants n'ont pu mettre en évidence une telle association.
L'étude américaine a été réalisée dans neuf États américains sous la direction de Martha Linet, du National Cancer Institute (Linet et coll., 1997). Elle a porté sur 638 cas de leucémie lymphoblastique, le type de leucémie le plus fréquent chez l'enfant. Les chercheurs ont utilisé deux approches pour évaluer l'exposition aux champs magnétiques. La première consistait à comparer directement les niveaux de champs magnétiques mesurés dans les maisons des enfants. La deuxième approche comparait la densité des lignes électriques (proximité, nombre et taille des conducteurs) au voisinage des maisons, comme dans les études mentionnées plus haut. Le codage des conducteurs utilisé était celui qu'avait conçu Nancy Wertheimer, auteur de la première étude sur le sujet, publiée en 1979 (Wertheimer et Leeper, 1979). Contrairement à plusieurs observations précédentes, cette étude n'a montré aucune association entre la densité de lignes électriques autour de la maison et le risque de leucémie [risque relatif (RR) = 0,88 ; intervalle de confiance (IC) = 0,48-1,63, pour la catégorie de densité la plus élevée]. Sur la base des champs mesurés dans les maisons, aucune association statistiquement significative n'a été observée entre le risque de leucémie et la moyenne pondérée d'exposition au champ magnétique des enfants, pour les catégories d'exposition qui avaient été définies au départ de l'étude. Pour la catégorie des enfants exposés à plus de 0,2 µT, le risque relatif est de 1,24 (IC = 0,86-1,79). Une augmentation significative de risque a été observée à un niveau d'exposition plus élevé (0,4-5 µT), mais le risque diminue au niveau d'exposition supérieure. Les auteurs concluent que leurs résultats apportent peu d'indices permettant de soutenir l'hypothèse que l'exposition aux champs magnétiques résidentiels de 60 Hz augmente le risque de leucémie chez l'enfant.
L'étude canadienne, dirigée par Mary McBride du British Columbia Cancer Agency, est une étude similaire basée sur 399 cas de leucémies recrutés chez les enfants de cinq provinces canadiennes, dont le Québec (McBride et coll., 1999). Les chercheurs ont utilisé les deux mêmes approches que dans l'étude précédente pour estimer l'exposition des cas et du groupe témoin, soit la densité de lignes électriques autour du domicile et la mesure réelle des champs magnétiques, mais cette fois en faisant porter un appareil de mesure par chaque enfant pendant 48 heures. Les résultats n'indiquent pas de lien avec la leucémie : les mesures directes montrent que le risque de développer la leucémie n'augmente pas en fonction du niveau croissant de champ magnétique (RR = 0,95 ; IC: 0,72-1,26). Le risque n'augmente pas non plus lorsque la densité du réseau électrique est élevée autour du domicile (RR = 1,16 ; IC: 0,58-2,3).
L'étude britannique, elle aussi publiée en 1999, a été réalisée par un grand nombre de chercheurs réunis pour l'occasion sous la bannière des UK Childhood Cancer Study Investigators (UKCCSI). Elle portait sur 995 cas de leucémies recrutés chez les enfants d'Angleterre, du Pays de Galles et d'Écosse (Cheng et coll., 1999). Les chercheurs ont utilisé les mêmes approches que dans l'étude de Linet pour estimer l'exposition des cas et du groupe témoin. Les résultats de cette étude sont similaires à ceux des études américaine et canadienne.
Il est intéressant de noter que les sept études disponibles qui ont examiné le risque de leucémie chez l'enfant au regard des champs magnétiques réels mesurés dans les résidences offrent dans l'ensemble très peu d'indices que les champs magnétiques seraient un facteur de risque de la maladie (Feychting et Ahlbom, 1993; Green et coll., 1999; Linet et coll., 1997; London et coll., 1991; McBride et coll., 1999; Michaelis et coll., 1997; Savitz et coll., 1988). Puisque la mesure du champ magnétique dans la résidence représente non seulement le champ produit par les lignes électriques extérieures à la maison mais également les champs produits par toutes les sources qui se trouvent à l'intérieur de celle-ci, les risques calculés sur cette base sont probablement plus précis que les risques établis uniquement en fonction de la présence de conducteurs autour des maisons.
Quelques études ont examiné l'effet de l'utilisation d'appareils domestiques sur le risque de leucémie. Dans l'ensemble, les résultats sont négatifs. Toutefois, comme ces expositions sont généralement marginales, ces études ne peuvent véritablement servir à réfuter la présence d'un effet lié à une exposition chronique. Leurs résultats ont une portée nettement plus limitée que les études mentionnées plus haut.
L'effet de l'exposition aux champs magnétiques sur le risque de cancer du cerveau chez l'enfant a également fait l'objet de plusieurs travaux. Les premières recherches avaient conduit à des résultats plutôt contradictoires. Les études les plus récentes ne montrent aucune association avec cette maladie.
Cancers chez l'adulte
Les données recueillies auprès des travailleurs des entreprises d'électricité montrent qu'en moyenne les niveaux d'exposition aux champs magnétiques pour les métiers exposés sont de 10 à 15 fois supérieurs à ceux que l'on trouve en milieu résidentiel. Plusieurs dizaines d'études ont été réalisées auprès de ces populations. La leucémie et le cancer du cerveau ont fait l'objet d'une attention particulière en raison des indices suggérés par les études des années 1980 et des études menées chez l'enfant.
La vaste majorité de ces études étaient exploratoires par nature et utilisaient simplement le titre d'emploi pour établir le niveau d'exposition des travailleurs. Cependant, six d'entre elles ont utilisé des méthodologies de très bonne qualité, incluant notamment des mesures de champs à l'aide de dosimètres conçus spécialement pour cet usage et l'utilisation d'une population relativement homogène de travailleurs des entreprises d'électricité (Floderus et coll., 1993; Sahl et coll., 1993; Thériault et coll., 1994; Savitz et Loomis, 1995; Harrington et coll., 1997; Johansen et Olsen, 1998). Les quatre dernières études sont particulièrement importantes en raison du grand nombre de cas étudiés. Elles s'intéressaient à des travailleurs de l'électricité du Canada, de France, des États-Unis, du Royaume-Uni et du Danemark.
Le chercheur Gilles Thériault, du Département de santé au travail de l'Université McGill, assurait la coordination scientifique de l'enquête franco-canadienne. Cette dernière a été réalisée auprès des travailleurs d'Hydro-Québec, d'Ontario Hydro et d'Électricité de France. Le professeur David A. Savitz, de l'Université de la Caroline du Nord, a coordonné l'étude américaine effectuée auprès des travailleurs de cinq entreprises. L'étude britannique dirigée par James M. Harrington a porté sur les employés de la CEGB, la société nationale d'électricité de la Grande-Bretagne (entreprise maintenant dissoute et privatisée). Le chercheur C. Johansen de la Société danoise du cancer a dirigé l'étude portant sur 99 entreprises d'électricité au Danemark. Malgré leur ampleur peu commune et une nette amélioration dans l'évaluation des niveaux d'exposition des groupes comparés, ces études n'ont pas permis d'apporter de réponse définitive aux questions posées.
Ainsi, pour ce qui est du cancer du cerveau, seule l'étude de Savitz a rapporté un risque relatif statistiquement significatif pour les travailleurs les plus exposés (RR = 2,29), avec un intervalle de confiance (IC) de 1,15 à 4,56. Ce résultat est semblable à celui de Thériault (RR = 1,95 ; IC = 0,76-5,00) mais ne concorde pas avec ceux de Sahl (RR = 0,84 ; IC = 0,54-1,33) ni avec ceux de Harrington (RR = 0,95 ; IC = 0,54-1,69) et de Johansen (RR = 0,79 ; IC = 0,6-1,0,) qui n'observent aucune augmentation de risque.
Pour la leucémie, les résultats sont également discordants. Thériault rapporte un risque non significatif de 1,75 (IC = 0,77-3,96) chez le groupe de travailleurs le plus exposé pour l'ensemble des leucémies et un risque statistiquement significatif de 3,15 (IC = 1,20-8,27) pour la leucémie myéloïde aiguë chez les travailleurs exposés au-dessus de la médiane des expositions. Cependant, Sahl et Savitz ne rapportent aucune augmentation significative.
Quelques études ont également été effectuées auprès des adultes résidant au voisinage de lignes à haute tension. Une étude a rapporté une augmentation de leucémie (RR = 1,4 ; IC = 1,0-1,9) et une absence de risque de cancer du cerveau et du sein dans une population de Taiwan (Li et coll., 1997). La majorité des autres études ne montrent pas de risque significatif. La principale faiblesse de ces études est la méthode utilisée pour estimer l'exposition des sujets aux champs magnétiques.
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