Chez la majorité des gens, l’exposition au mercure résulte essentiellement de la consommation de poisson. Le méthylmercure (ou mercure méthylique) est facilement absorbé par le système digestif humain. Il est ensuite transporté par le sang dans tous les organes du corps. Les concentrations les plus importantes se trouvent dans le foie, les reins et le cerveau. Il faut de 50 à 70 jours pour éliminer la moitié du méthylmercure ingéré. Durant la grossesse, le méthylmercure présent dans le sang de la mère traverse le placenta et circule dans le sang de l’enfant à naître.

La préparation du poisson dans un tipi.

Une exposition révélée par les cheveux

Le méthylmercure se mesure dans les cheveux et le sang. L’analyse des cheveux est un excellent moyen de déterminer l’exposition d’une personne au mercure pendant toute une année ou une saison de pêche. En effet, le mercure se dépose à la racine des cheveux et s’y fixe de façon permanente. Puisque les cheveux poussent d’environ un centimètre par mois, la concentration de mercure mesurée sur un centimètre de cheveu reflète la concentration moyenne au cours d’un mois (voir l’affiche : Le mercure dans les cheveux et le sang [pdf]). Ainsi, l’analyse de cheveux longs permet d’obtenir un registre de l’exposition au mercure d’une personne pendant plusieurs mois ou plusieurs années.

Le risque pour la santé

Comme pour tout produit chimique, le risque que pose le mercure pour la santé dépend de sa concentration dans le corps. Tout le monde a un peu de mercure dans son organisme, mais les concentrations sont généralement très faibles et ne présentent donc aucun risque pour la santé. Cependant, à dose plus élevée, c’est principalement le système nerveux qui est touché par le méthylmercure.

La plupart des études réalisées jusqu’à présent n’ont pas rapporté d’effets sur la santé associés au méthylmercure chez des individus exposés à long terme et dont la concentration de mercure dans les cheveux était inférieure à 14 ppm. Des effets sur le développement pourraient être observés chez les enfants nés de mères qui ont eu, au moment de la grossesse, plus de 14 ppm de mercure dans les cheveux. Toutefois, près de ce niveau, l’impact sur la santé de l’enfant serait marginal. Chez les adultes, c’est à partir de 50 ppm dans les cheveux que pourraient apparaître les premiers symptômes chez les personnes les plus sensibles, symptômes qui se traduisent le plus souvent par une sensation d’engourdissement dans les doigts et les orteils

Correspondance entre les concentrations de mercure mesurées dans les cheveux et les effets observés sur la santé
Concentration de mercure
dans les cheveux (ppm)
Effets sur la santé observés
< 14 Pas d’effets appréciables chez l’enfant
15 à 50 Pas d’effets cliniques
(effets infracliniques non confirmés)
50 à 200 Seuil d’apparition des premiers symptômes chez l’adulte (paresthésie)
200 à 1 000 Augmentation de la fréquence des effets neurologiques
> 1 000 Effets neurologiques graves conduisant au décès

Une exposition sans danger dans l’est du Canada

Au Québec, les concentrations de mercure dans le poisson, même les plus élevées, sont insuffisantes pour causer les symptômes d’une intoxication au mercure, compte tenu de la faible consommation de poisson. Dans la vaste majorité des cas, la concentration de mercure mesurée chez les pêcheurs du Québec est bien inférieure aux niveaux entraînant des effets sur la santé des adultes ou des enfants à naître.

Les données récentes pour l’est du Canada, dont celles recueillies en 2002 et en 2003 par le Collaborative Mercury Research Network (COMERN) chez les pêcheurs du lac Saint-Pierre et de l’Abitibi ainsi que chez les Innus du Labrador, montrent que l’exposition moyenne est généralement de l’ordre de 1 ppm dans le cheveu (voir le tableau ci-dessous). Cette valeur est bien inférieure au seuil à partir duquel apparaîtraient les premiers effets liés au mercure chez les enfants à naître, puisque, selon les études disponibles, elle se situerait entre 10 et 15 ppm dans les cheveux de la mère.

Niveaux d’exposition au méthylmercure de la population du Québec
Population Nombre de participants Concentration de mercure dans les cheveux
Moyenne
(ppm)
Maximum
(ppm)
Innus de Sept-Îles 83 0,9 4,2
Innus du Labrador 162 0,4 8,1
Innus d’Ekuanitshit 36 0,5 2,0
Havre-Saint-Pierre 94 0,9 4,1
Sept-Îles 56 0,8 2,6
Québec 1 109 0,3 3,7
Oujé-Bougoumou 218 1,6 13,9
Nemaska 97 0,9 8,8
Wemindji 188 1,0 13,8
Eastmain 80 1,6 7,4
Niveaux d’exposition au méthylmercure des pêcheurs sportifs québécois
Pêcheurs Nombre de participants Concentration de mercure dans les cheveux
Moyenne
(ppm)
Maximum
(ppm)
Lac Saint-Pierre 130 0,7 5,8
Montréal* 58 0,2 4,1
Montréal* 40 0,5 4,4
Abitibi 130 0,8 16,1
Matagami 174 2,1 14,6
Baie James 88 3,6 16,4

* Deux études sont disponibles pour Montréal

Recommandations des organismes de santé publique

Les organismes de santé publique doivent s’assurer que les consommateurs de poisson ne dépassent pas le niveau d’exposition au mercure jugé sécuritaire pour leur santé. Ils prescrivent donc un nombre de repas de poisson par mois qui tient compte de la teneur en mercure des poissons selon le lieu de capture, ainsi que des résultats des études épidémiologiques récentes.

Un processus sécuritaire

Le tableau suivant illustre le processus utilisé par les organismes de santé publique pour établir leurs recommandations de consommation de poissons en prenant comme exemple celui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Processus de détermination des recommandations de consommation de poissons
Étape Valeur retenue par l’OMS
Détermination du seuil d’exposition
14 ppm dans les cheveux
Calcul de l’apport quotidien
1,5 µg Hg/kg/j
Application d’un facteur de sécurité
6,4 (variant de 4,5 à 10 selon les institutions)
Calcul de la dose journalière admissible (DJA)
0,23 µg Hg/kg/j
Nombre de repas par mois Selon la teneur en mercure, le poids corporel et la portion consommée

Les organismes de santé publique déterminent d’abord, selon l’analyse des études épidémiologiques récentes, un seuil d’exposition à partir duquel apparaîtraient les premiers symptômes d’une intoxication au mercure. Dans l’exemple choisi, il s’agit de 14 ppm, ou microgramme (µg) de mercure (Hg) par gramme (g) de cheveu, dans les cheveux de la mère.

On calcule ensuite l’apport quotidien de mercure que la mère doit assimiler sur une base régulière pour atteindre ce seuil d’exposition. Pour atteindre 14 ppm, l’apport quotidien est de 1,5 µg de mercure par kilogramme de poids corporel.

On applique ensuite un facteur de sécurité pour être vraiment certain d’éviter tout risque pour la santé. L’OMS prend en compte un facteur de sécurité de 6,4 qui tient compte des variabilités individuelles dans le taux d’assimilation du mercure et dans l’efficacité de son transfert du sang au cheveu.

La dose journalière admissible de mercure, c’est-à-dire la dose journalière qu’on recommandera de ne pas dépasser, s’obtient en divisant l’apport quotidien par le facteur de sécurité choisi. Pour protéger l’enfant à naître, l’OMS recommande à la mère de ne pas dépasser une dose journalière de 0,23 µg de mercure par kilogramme de poids corporel.

Le nombre de repas de poisson par mois que la mère pourra consommer sans danger se calcule selon les critères suivants :

  • une dose journalière admissible de 0,23 µg/Hg/kg de poids corporel ;
  • un poids corporel de 60 kg ;
  • une portion de 230 g de poisson avant cuisson.

Pour la majorité des mères, le respect de la fréquence de consommation ainsi obtenue mènera à un niveau d’exposition très sécuritaire, d’environ 2 ppm dans le cheveu, soit généralement de 6,4 fois inférieur au seuil d’exposition de 14 ppm à partir duquel apparaîtraient les premiers symptômes.

Le seuil d’effet de 14 ppm protège l’enfant à naître et s’adresse particulièrement à la femme enceinte, celle qui allaite ou celle qui planifie une grossesse, ainsi qu’aux enfants, dont le système nerveux est encore en développement. Pour les autres adultes, l’OMS considère que l’on peut assimiler quotidiennement jusqu’à 2 fois la dose admissible journalière, soit jusqu’à 0,46 µg de mercure par kilogramme de poids corporel sans aucun risque d’atteinte neurologique.

Santé Canada

Même si son interprétation des résultats des études épidémiologiques diffère légèrement de celle de l’OMS, Santé Canada obtient sensiblement les mêmes doses journalières admissibles de mercure en appliquant le même processus :

Pour les adultes

  • seuil d’exposition de 50 ppm à partir duquel apparaîtraient les premiers symptômes ;
  • apport quotidien correspondant de 3 à 7 µg de mercure par kilogramme de poids corporel ;
  • facteur de sécurité de 10 ;
  • dose journalière admissible de 0,47 µg de mercure par kilogramme de poids corporel.

Pour protéger l’enfant à naître

  • seuil d’exposition de 10 ppm dans les cheveux de la mère à partir duquel apparaîtraient les premiers symptômes chez l’enfant à naître ;
  • apport quotidien de 1 µg de mercure par kilogramme de poids corporel ;
  • facteur de sécurité de 5 ;
  • dose journalière admissible de 0,20 µg de mercure par kilogramme de poids corporel.

Santé Canada recommande donc une dose journalière admissible de 0,20 µg/Hg/kg de poids corporel pour la femme en âge d’avoir des enfants ainsi que pour les enfants, et de 0,47 µg/Hg/kg de poids corporel pour les autres adultes.

Du poisson au menu

Malgré la présence de faibles quantités de méthylmercure, le poisson est excellent pour la santé. Il contient entre autres des acides gras de haute qualité, appelés oméga-3, qu’on ne trouve pas dans la viande rouge. Ces gras auraient un effet bénéfique sur le développement de l’enfant à naître et contribueraient à la prévention des maladies cardiovasculaires.

Pour éviter tout risque associé au mercure, il suffit de respecter les recommandations de consommation émises selon la teneur en mercure dans les poissons et les doses journalières admissibles déterminées par Santé Canada et l’OMS.

Les outils de communication

Un travail d’équipe

En raison du risque potentiel pour la santé des consommateurs de poissons que représente l’augmentation marquée mais temporaire de la teneur en mercure des poissons causée par les aménagements hydroélectriques, Hydro-Québec travaille de concert avec les organismes de santé publique des régions où elle réalise des projets.

Bien que la responsabilité du suivi de la teneur en mercure relève d’Hydro-Québec, la gestion de la santé des pêcheurs sportifs et des pêcheurs de subsistance dépend des agences régionales de la santé et des services sociaux du Québec. Dans le cadre de ce travail d’équipe, Hydro-Québec fournit les données concernant la teneur en mercure des poissons. Hydro-Québec collabore aussi à la production de guides de consommation basés sur les doses journalières admissibles recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et Santé Canada.

Recommandations de consommationCe tableau présente les recommandations du nombre de repas de poisson à consommer par mois, en fonction des teneurs en mercure, selon un code de couleurs.
Teneur en mercure
en ppm* (mg/kg)
Nombre maximal de repas recommandé par mois
Vert. 0,00 à 0,29 Sans restriction
Jaune. 0,30 à 0,49 8 repas par mois
Orange. 0,50 à 0,99 4 repas par mois
Rouge. 1,00 à 1,99 2 repas par mois
Bourgogne. 2,00 à 3,75 1 repas par mois

*parties par millions

Lac naturels
Vert. Grand corégone
500 mm (20 po.)
Vert. Truite mouchetée
300 mm (12 po.)
Vert. Ouananiche
500 mm (20 po.)
Orange. Grand brochet
800 mm (32 po.)
Orange. Truite grise
600 mm (24 po.)

Des guides colorés

Les guides indiquent le nombre de repas par mois recommandé pour différentes espèces de poissons, selon le lieu où elles sont capturées. Ces recommandations sont illustrées par un code de couleur. Par exemple, le cercle vert signifie que la teneur en mercure du poisson est faible et qu’on peut le consommer sans restriction. Le cercle rouge signale que la teneur en mercure du poisson est élevée et qu’il est recommandé de n’en consommer qu’une fois par mois.

Au moyen de cartes géographiques, ces guides indiquent, pour chaque espèce de poisson et pour chaque secteur de la région, le nombre maximal de repas par mois permettant de maintenir un niveau d’exposition au mercure inférieur aux valeurs recommandées par les organismes de santé publique. En suivant ces recommandations, les consommateurs peuvent bénéficier de la grande qualité nutritive du poisson.

Des recommandations particulières sont faites aux femmes enceintes ou à celles qui désirent le devenir bientôt, pour que leur bébé puisse également profiter des nutriments du poisson qui favorisent le développement du cerveau, et éviter tout risque associé au mercure.

Des guides adaptés aux communautés locales

La population de Gros-Mécatina, située sur la Basse-Côte-Nord, a participé à l’élaboration du guide de consommation de sa région, en déterminant l’information souhaitée de même que la manière de la présenter. La population ne voulait pas de recettes santé pour apprêter le poisson, mais plus d’information concernant l’évolution des populations de poissons dans le réservoir Robertson.

Au complexe La Grande, les teneurs en mercure des poissons dans la majorité des milieux modifiés sont revenues aux valeurs représentatives des milieux naturels de la région. Le moment est donc bien choisi pour faire la promotion des bienfaits pour la santé que procure la consommation de poisson.

Les plus récents outils de communication

Deux nouveaux guides alimentaires présentant les qualités nutritives du poisson et ses bienfaits pour la santé ont été publiés en 2013. Il s’agit du Guide alimentaire des poissons nordiques – Région de la Baie-James (en français et en anglais) et du Guide alimentaire des poissons et fruits de mer de la Côte-Nord (en français). Ils ont été produits par l’unité Environnement de la direction – Gestion des actifs et conformité réglementaire et les directions régionales La Grande Rivière et Manicouagan d’Hydro-Québec Production, ainsi que par la direction – Santé et sécurité d’Hydro-Québec, en étroite collaboration avec les organismes de santé publique suivants : l’Institut national de santé publique du Québec, le Centre de recherche du CHU de Québec, le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James, le Centre régional de santé et de services sociaux de la Baie-James et l’Agence de la santé et des services sociaux de la Côte-Nord.

Ces guides se veulent des outils de promotion de la consommation de poisson et de fruits de mer, qui mettent l’accent sur leurs qualités nutritives et leurs bienfaits pour la santé. Ils permettent également de rassurer les consommateurs sur la question du mercure. De plus, ils contiennent une foule de renseignements susceptibles d’intéresser les amateurs de pêche, comme l’habitat préféré des principales espèces de poissons, les périodes propices à la pêche, les leurres les plus efficaces, le record de prise, la saveur de la chair et, bien sûr, de nombreuses recettes pour mieux savourer les produits capturés. Ils sont distribués à tous les foyers cris de la Baie-James, aux Conseils des Innus et des Montagnais de la Côte-Nord, ainsi qu’aux ministères, municipalités, pourvoyeurs et associations de pêcheurs concernés.

On peut les consulter à l’aide des liens de se site web, ou se les procurer en composant le : 1-800-ENERGIE.