Sources de mercure

Le mercure est présent partout dans l’environnement. On le trouve dans l’air, le sol et la végétation ainsi que dans les lacs et les rivières. Il peut être émis dans l’air de façon naturelle par les volcans et les feux de forêt ou engendré par des activités humaines, comme la combustion du charbon et le brûlage des déchets. Dans le nord du Québec, il est transporté dans l’atmosphère sur de longues distances, puis il tombe dans les lacs et les forêts avec les poussières et la pluie. Le mercure, surtout présent sous forme inorganique, est relativement inoffensif, car les êtres vivants l’assimilent très peu sous cette forme.

L’aménagement Robert-Bourassa et son réservoir.

La transformation du mercure

Une fois dans les lacs et les rivières, le mercure inorganique est transformé par les bactéries en une forme qui est facilement assimilée par les organismes vivants. Cette forme de mercure (le méthylmercure) peut devenir toxique à de fortes concentrations. Le méthylmercure se transmet depuis le plancton (petites plantes et animaux vivant en suspension dans l’eau) jusqu’aux insectes aquatiques et aux poissons. Or, les concentrations de méthylmercure augmentent à chaque maillon de la chaîne alimentaire.

Dans les lacs naturels, le mercure inorganique provenant de l’atmosphère est transformé en mercure organique par les bactéries. Contrairement au mercure inorganique, le mercure organique est facilement assimilé par les organismes aquatiques. La teneur en mercure augmente tout le long de la chaîne alimentaire, du plancton aux poissons.
Figure 1.2 : Cheminement du mercure dans les lacs naturels

Les poissons qui mangent d’autres poissons, comme le brochet, le doré jaune ou le touladi, contiennent donc plus de mercure que ceux qui mangent des insectes, comme le grand corégone ou l’omble de fontaine. La teneur en mercure des poissons qui ne consomment pas de poissons est généralement nettement sous la norme canadienne de mise en marché des produits de la pêche qui est de 0,5 mg/kg. Par contre, même dans les lacs naturels, les poissons qui consomment d’autres poissons ont souvent une teneur supérieure à cette norme. Le mercure s’accumule pendant toute la vie des poissons de sorte que les plus vieux et les plus gros ont un taux plus élevé de mercure. Ainsi, tous les poissons de tous les lacs et rivières du Québec contiennent du mercure.

La teneur en mercure varie grandement d’un lac à l’autre, selon les caractéristiques propres à chacun. Dans la région du complexe La Grande, par exemple, la teneur moyenne en mercure des brochets de 800 mm de longueur s’échelonne de 0,37 à 1,22 mg par kg. Dans ce cas, la consommation recommandée par les agences de santé publique du Québec, pour les adultes en général, varie de 2 à 8 repas de brochet par mois, selon le plan d’eau d’où il provient.

Le mercure et les réservoirs

Dans les réservoirs hydroélectriques récemment mis en eau, la partie verte de la végétation terrestre– soit le couvre-sol, les feuilles et les mousses – nourrit les bactéries qui transforment le mercure inorganique en méthylmercure que les organismes vivants (plancton, insectes, poissons, animaux ou humains) peuvent accumuler facilement dans leur organisme. Il y a donc plus de mercure dans les poissons des réservoirs (et en aval) peu après la mise en eau. Le phénomène est cependant temporaire, car les bactéries décomposent rapidement la partie verte de la végétation. Le tronc et les branches des arbres ennoyés ne participent pas à cette transformation, car ils ne se décomposent à peu près pas.

La végétation et les sols inondés sont de la nourriture pour les bactéries qui transforment le mercure inorganique en mercure organique. La mise en eau des réservoirs n’entraîne pas une augmentation de la quantité de mercure présent, mais elle favorise sa transformation en mercure organique, ce qui intensifie son transfert du plancton aux poissons et son accumulation dans ces derniers.
Figure 1.3 : Cheminement du mercure peu après la mise en eau des réservoirs

Dans les différents réservoirs du complexe La Grande, la teneur moyenne en mercure des poissons a augmenté d’un facteur variant de 2 à 8, selon les espèces et les réservoirs.

La figure 1.4 montre que dans les grands corégones (poissons insectivores) des réservoirs du secteur ouest du complexe La Grande, les teneurs en mercure ont augmenté pendant une vingtaine d’années, puis sont redevenues équivalentes à celles mesurées dans les lacs naturels de la région.
Figure 1.4 : Évolution de la teneur en mercure des grands corégones de 400 mm de longueur dans les réservoirs du secteur ouest du complexe La Grande
La figure 1.5 montre que dans les grands corégones du secteur est du complexe La Grande, le retour aux teneurs équivalentes à celles mesurées dans les lacs naturels de la région s’est effectué en dix ans.
Figure 1.5 : Évolution de la teneur en mercure des grands corégones de 400 mm de longueur dans les réservoirs du secteur est du complexe La Grande
La figure 1.6 montre que dans les dorés jaunes (poissons piscivores) des réservoirs du complexe La Grande, les teneurs en mercure ont augmenté pendant 20 à 30  ans, puis sont redevenues équivalentes à celles mesurées dans les lacs naturels de la région.
Figure 1.6 : Évolution de la teneur en mercure des dorés jaunes de 400 mm de longueur dans les réservoirs du secteur ouest du complexe La Grande

Un phénomène temporaire

Le suivi des poissons des réservoirs a montré que la teneur en mercure dans les espèces qui mangent des insectes, comme les grands corégones, revient aux niveaux équivalents à ceux des lacs naturels après une période de 10 à 20 ans. Chez les poissons qui se nourrissent d’autres poissons, comme les dorés jaunes, ce retour à la normale est plus long et s’effectue généralement après une période de 20 à 35 ans. L’augmentation de la teneur en mercure est temporaire parce que les principaux mécanismes de production et de transfert du méthylmercure aux poissons sont intenses peu de temps après la mise en eau des réservoirs, mais se produisent pendant une période relativement brève. En effet, la production accrue de méthylmercure est généralement terminée de 8 à 10 ans après la mise en eau, à cause d’un épuisement rapide des éléments facilement décomposables des sols et de la végétation inondés, éléments qui sont la nourriture des bactéries transformant le mercure inorganique en méthylmercure. Après ce laps de temps, le transfert du méthylmercure vers les poissons par le périphyton, le zooplancton et les larves d’insectes se stabilise au niveau de celui qu’on trouve dans les lacs naturels.

La production accrue de méthylmercure est généralement terminée de huit à dix ans après la mise en eau des réservoirs, en raison de l’épuisement rapide des éléments facilement décomposables des sols et de la végétation inondés, éléments qui sont la nourriture des bactéries transformant le mercure inorganique en mercure organique. Après ce laps de temps, le transfert du méthylmercure vers les poissons se stabilise au niveau de celui qu’on trouve dans les lacs naturels.
Figure 1.7 : Cheminement du mercure plusieurs années après la mise en eau des réservoirs

Il s’ensuit que les poissons nés de 8 à 10 ans après la mise en eau des réservoirs vivent dans un environnement où la production et le transfert du mercure le long de la chaîne alimentaire sont similaires à ceux des lacs naturels environnants. Aussi, 20 ans après la mise en eau, les poissons non piscivores de longueur moyenne qui sont âgés d’une dizaine d’années ont des teneurs en mercure équivalentes à celles des poissons des lacs naturels.