En réponse aux conclusions tirées par le journaliste Jean-Philippe Pineault dans son article sur les gaz à effet de serre (GES) émis par les réservoirs d'Hydro-Québec, il est nécessaire de rectifier certains faits scientifiques qui ont été rapportés de façon erronée et qui donnent un faux portrait de l'hydroélectricité québécoise. Les réservoirs d'Hydro-Québec, situés en zone boréale, émettent de faibles quantités de GES et non des quantités importantes, comme l'affirme M. Pineault. Il est, par ailleurs, surprenant que M. Pineault dise qu'il ait eu accès à des résultats en primeur, car ceux-ci ont déjà été diffusés dans plusieurs colloques scientifiques. Ces résultats ne représentent qu'une mince partie d'un très vaste programme de recherches amorcé en 2003 et seront présentés dans le cadre de conférences à l'ACFAS lundi prochain. Ce programme de recherches regroupe plus de 90 experts de l'Université McGill, de l'UQAM ainsi que de la firme de consultants Environnement Illimité. La synthèse de l'ensemble des résultats de ce programme de recherches sera connue d'ici la fin de l'année. Il faut comprendre que tout milieu aquatique naturel émet des gaz à effet de serre. Dans le cas des réservoirs, les émissions de GES sont similaires à celles d'un lac naturel. S'il est vrai que l'ennoiement d'un territoire entraîne une augmentation des émissions de GES, ce phénomène est momentané et de très courte durée. Dans le cas du réservoir Eastmain-1, une importante diminution des émissions de GES a été observée dès l'année suivant sa mise en eau. Généralement, les émissions des réservoirs sont similaires à celles des lacs naturels après une période variant de 2 à 5 ans après leur création. Émis en faible quantité, le dioxyde de carbone (CO2) est le principal gaz émis par les réservoirs nordiques. L'émission de méthane (CH4) par les réservoirs est encore plus faible et ne constitue pas un enjeu au Québec. En effet, les eaux des réservoirs et des lacs du Québec sont froides et bien oxygénées, ce qui en fait des milieux non propices à la formation de méthane. Ajoutons que l'ensemble des étangs de castors du Québec, représentant une superficie 7 fois plus petite que la superficie totale des réservoirs du Québec, émettent 21 fois plus de méthane que les réservoirs. Toute forme de production d'électricité émet des GES. L'hydroélectricité se classe parmi les meilleures façons de produire de l'électricité puisqu'il s'agit d'une filière d'énergie propre, renouvelable et fiable. À titre de comparaison, les aménagements hydroélectriques d'Hydro-Québec avec réservoirs émettent 40 fois moins de GES qu'une centrale au gaz naturel et 100 fois moins qu'une centrale au charbon. Les émissions de la filière hydroélectrique québécoise sont également semblables à l'éolien et sont moindres que le solaire photovoltaïque. À la lumière de l'ensemble de ces précisions, il n'est surtout pas exagéré d'affirmer que l'hydroélectricité est parmi les meilleures options de production d'électricité. Parce qu'elle émet très peu de GES, et qu'en moins de 5 ans après la mise en eau des réservoirs les émissions reviennent à celles des milieux naturels, l'hydroélectricité constitue ainsi une solution énergétique de premier choix, surtout dans le contexte des changements climatiques. Julie Bastien, M.Sc. Chargée de projet, Environnement Illimité Alain Tremblay, Ph.D. Chargé de programme sur les GES, Hydro-Québec |