La mise en eau des réservoirs hydroélectriques entraîne, dans le milieu aquatique, une transformation et une mise en circulation du mercure déjà présent dans la végétation et les sols inondés. Il en résulte une augmentation de la teneur en mercure des poissons, un phénomène qui peut s’échelonner sur une période de 10 à 35 ans selon les espèces de poissons et les types de réservoirs. Du début des années 1980 jusque vers 2010, Hydro-Québec a mené un vaste programme de recherche visant, d’une part, à déterminer les effets de l’augmentation du mercure chez les poissons, les oiseaux et mammifères et, d’autre part, à gérer le risque potentiel pour la santé des pêcheurs.

Les objectifs spécifiques de ce programme étaient les suivants :

  • étudier le cheminement du mercure dans les milieux naturels et aménagés du nord du Québec ;
  • déterminer les effets de l’augmentation de la teneur en mercure des poissons sur la faune ;
  • examiner les risques et les bienfaits de la consommation de poisson pour la santé ;
  • améliorer les méthodes de prévision des impacts des projets hydroélectriques ;
  • chercher des mesures permettant d’atténuer l’augmentation de la teneur en mercure des poissons, phénomène causé par la mise en eau des réservoirs.

Les résultats obtenus indiquent que les niveaux de mercure atteints dans les milieux aménagés ne sont pas nuisibles aux populations de poissons, d’oiseaux et de mammifères consommant du poisson. Les suivis des teneurs en mercure des poissons des réservoirs récents et de l’exposition au mercure des populations périphériques montrent que les bienfaits de la consommation de poisson pour la santé sont de loin supérieurs aux risques liés au mercure. Hydro-Québec concentre maintenant ses efforts à élaborer, en étroite collaboration avec les organismes régionaux de santé publique, des guides de consommation permettant aux pêcheurs sportifs et aux pêcheurs de subsistance de continuer à profiter des grandes qualités nutritives du poisson en évitant tout risque associé au mercure.

Vidéo : Comment se fait le suivi du mercure dans la chair des poissons ?

L’exemple du complexe de l’Eastmain-Sarcelle-Rupert : Dans les milieux touchés par la dérivation partielle de la Rupert, une équipe suit l’évolution des teneurs en mercure de la chair des poissons. À la lumière des résultats, nous produisons un guide de consommation avec le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James de façon à permettre aux Cris de bénéficier des bienfaits d’une saine consommation de poisson.

Documentation spécialisée

Mercure et réservoirs

Rapports techniques sur le suivi du mercure dans les réservoirs

  • GENIVAR. 2012. Aménagement hydroélectrique Sainte-Marguerite-3. Suivi environnemental 2011. Évolution des communautés de poissons et du mercure. Rapport préparé par GENIVAR pour Hydro-Québec. 82 p. et ann. Sommaire [PDF 47 Ko]
  • THERRIEN, J., SCHETAGNE, R. 2012. Centrales de l'Eastmain-1, de l'Eastmain-1-A et de la Sarcelle et dérivation Rupert. Environmental monitoring during operation phase (2011). Monitoring of fish mercury levels. Joint report by Consortium Waska-GENIVAR and Hydro-Québec Production. 73 p. et ann. Sommaire [PDF 2.4 Mb] (en Anglais seulement)
  • Therrien, J. 2011. Suivi environnemental du réservoir Robertson (1990-2010). Évolution des teneurs en mercure dans la chair des poissons. Rapport préparé par Génivar pour Hydro-Québec Distribution. 61 p. et ann. Sommaire [PDF 22 Ko]
  • Schetagne, R., J. Therrien, et R. Lalumière. 2002. Suivi environnemental du complexe La Grande. Évolution des teneurs en mercure dans les poissons. Rapport synthèse 1978-2000. GENIVAR et Hydro-Québec Production. 193 p. et ann. Rapport intégral [PDF 7,8 Mo]
  • Schetagne, R., Therrien, J. 2013. Suivi environnemental du complexe La Grande. Évolution des teneurs en mercure dans les poissons. Rapport synthèse 1978–2012. Rapport conjoint GENIVAR et Hydro-Québec Production. 171 p. et annexes. Sommaire [PDF 19 Ko] Rapport intégral [PDF 8,7 Mo]

Tous ces rapports peuvent être consultés au centre de documentation Environnement et collectivités d’Hydro-Québec.

Monographie : Le mercure dans le nord du Québec

  • Lucotte, M., R. Schetagne, N. Thérien, C. Langlois et A. Tremblay. 1999. Mercury in the Biogeochemical Cycle : Natural Environments and Hydroelectric Reservoirs of Northern Québec (Canada). New York, Springer. 334 p. Sommaire [PDF 68 Ko]

Cette monographie est disponible pour consultation au centre de documentation Environnement et collectivités d’Hydro-Québec. Elle peut également être consultée aux bibliothèques universitaires suivantes :

  • Sciences de l’UQAM
  • Sciences et Génie de l’Université de Sherbrooke
  • Schulich Library of Science and Engineering de l’Université McGill

Guides de consommation de poisson

Pour obtenir un exemplaire des guides suivants, composez le 1 800-ENERGIE

Affiches et présentations sur la question du mercure

(11 po x 17 po ; 28 cm x 43 cm)

Mercure – Complexe de la Romaine

Le mercure dans les réservoirs hydroélectriques

Sources de mercure

Le mercure est présent partout dans l’environnement. On le trouve dans l’air, le sol et la végétation ainsi que dans les lacs et les rivières. Il peut être émis dans l’air de façon naturelle par les volcans et les feux de forêt ou engendré par des activités humaines, comme la combustion du charbon et le brûlage des déchets. Dans le nord du Québec, il est transporté dans l’atmosphère sur de longues distances, puis il tombe dans les lacs et les forêts avec les poussières et la pluie. Le mercure, surtout présent sous forme inorganique, est relativement inoffensif, car les êtres vivants l’assimilent très peu sous cette forme.

L’aménagement Robert-Bourassa et son réservoir.

La transformation du mercure

Une fois dans les lacs et les rivières, le mercure inorganique est transformé par les bactéries en une forme qui est facilement assimilée par les organismes vivants. Cette forme de mercure (le méthylmercure) peut devenir toxique à de fortes concentrations. Le méthylmercure se transmet depuis le plancton (petites plantes et animaux vivant en suspension dans l’eau) jusqu’aux insectes aquatiques et aux poissons. Or, les concentrations de méthylmercure augmentent à chaque maillon de la chaîne alimentaire.

Dans les lacs naturels, le mercure inorganique provenant de l’atmosphère est transformé en mercure organique par les bactéries. Contrairement au mercure inorganique, le mercure organique est facilement assimilé par les organismes aquatiques. La teneur en mercure augmente tout le long de la chaîne alimentaire, du plancton aux poissons.
Figure 1.2 : Cheminement du mercure dans les lacs naturels

Les poissons qui mangent d’autres poissons, comme le brochet, le doré jaune ou le touladi, contiennent donc plus de mercure que ceux qui mangent des insectes, comme le grand corégone ou l’omble de fontaine. La teneur en mercure des poissons qui ne consomment pas de poissons est généralement nettement sous la norme canadienne de mise en marché des produits de la pêche qui est de 0,5 mg/kg. Par contre, même dans les lacs naturels, les poissons qui consomment d’autres poissons ont souvent une teneur supérieure à cette norme. Le mercure s’accumule pendant toute la vie des poissons de sorte que les plus vieux et les plus gros ont un taux plus élevé de mercure. Ainsi, tous les poissons de tous les lacs et rivières du Québec contiennent du mercure.

La teneur en mercure varie grandement d’un lac à l’autre, selon les caractéristiques propres à chacun. Dans la région du complexe La Grande, par exemple, la teneur moyenne en mercure des brochets de 800 mm de longueur s’échelonne de 0,37 à 1,22 mg par kg. Dans ce cas, la consommation recommandée par les agences de santé publique du Québec, pour les adultes en général, varie de 2 à 8 repas de brochet par mois, selon le plan d’eau d’où il provient.

Le mercure et les réservoirs

Dans les réservoirs hydroélectriques récemment mis en eau, la partie verte de la végétation terrestre– soit le couvre-sol, les feuilles et les mousses – nourrit les bactéries qui transforment le mercure inorganique en méthylmercure que les organismes vivants (plancton, insectes, poissons, animaux ou humains) peuvent accumuler facilement dans leur organisme. Il y a donc plus de mercure dans les poissons des réservoirs (et en aval) peu après la mise en eau. Le phénomène est cependant temporaire, car les bactéries décomposent rapidement la partie verte de la végétation. Le tronc et les branches des arbres ennoyés ne participent pas à cette transformation, car ils ne se décomposent à peu près pas.

La végétation et les sols inondés sont de la nourriture pour les bactéries qui transforment le mercure inorganique en mercure organique. La mise en eau des réservoirs n’entraîne pas une augmentation de la quantité de mercure présent, mais elle favorise sa transformation en mercure organique, ce qui intensifie son transfert du plancton aux poissons et son accumulation dans ces derniers.
Figure 1.3 : Cheminement du mercure peu après la mise en eau des réservoirs

Dans les différents réservoirs du complexe La Grande, la teneur moyenne en mercure des poissons a augmenté d’un facteur variant de 2 à 8, selon les espèces et les réservoirs.

La figure 1.4 montre que dans les grands corégones (poissons insectivores) des réservoirs du secteur ouest du complexe La Grande, les teneurs en mercure ont augmenté pendant une vingtaine d’années, puis sont redevenues équivalentes à celles mesurées dans les lacs naturels de la région.
Figure 1.4 : Évolution de la teneur en mercure des grands corégones de 400 mm de longueur dans les réservoirs du secteur ouest du complexe La Grande
La figure 1.5 montre que dans les grands corégones du secteur est du complexe La Grande, le retour aux teneurs équivalentes à celles mesurées dans les lacs naturels de la région s’est effectué en dix ans.
Figure 1.5 : Évolution de la teneur en mercure des grands corégones de 400 mm de longueur dans les réservoirs du secteur est du complexe La Grande
La figure 1.6 montre que dans les dorés jaunes (poissons piscivores) des réservoirs du complexe La Grande, les teneurs en mercure ont augmenté pendant 20 à 30  ans, puis sont redevenues équivalentes à celles mesurées dans les lacs naturels de la région.
Figure 1.6 : Évolution de la teneur en mercure des dorés jaunes de 400 mm de longueur dans les réservoirs du secteur ouest du complexe La Grande

Un phénomène temporaire

Le suivi des poissons des réservoirs a montré que la teneur en mercure dans les espèces qui mangent des insectes, comme les grands corégones, revient aux niveaux équivalents à ceux des lacs naturels après une période de 10 à 20 ans. Chez les poissons qui se nourrissent d’autres poissons, comme les dorés jaunes, ce retour à la normale est plus long et s’effectue généralement après une période de 20 à 35 ans. L’augmentation de la teneur en mercure est temporaire parce que les principaux mécanismes de production et de transfert du méthylmercure aux poissons sont intenses peu de temps après la mise en eau des réservoirs, mais se produisent pendant une période relativement brève. En effet, la production accrue de méthylmercure est généralement terminée de 8 à 10 ans après la mise en eau, à cause d’un épuisement rapide des éléments facilement décomposables des sols et de la végétation inondés, éléments qui sont la nourriture des bactéries transformant le mercure inorganique en méthylmercure. Après ce laps de temps, le transfert du méthylmercure vers les poissons par le périphyton, le zooplancton et les larves d’insectes se stabilise au niveau de celui qu’on trouve dans les lacs naturels.

La production accrue de méthylmercure est généralement terminée de huit à dix ans après la mise en eau des réservoirs, en raison de l’épuisement rapide des éléments facilement décomposables des sols et de la végétation inondés, éléments qui sont la nourriture des bactéries transformant le mercure inorganique en mercure organique. Après ce laps de temps, le transfert du méthylmercure vers les poissons se stabilise au niveau de celui qu’on trouve dans les lacs naturels.
Figure 1.7 : Cheminement du mercure plusieurs années après la mise en eau des réservoirs

Il s’ensuit que les poissons nés de 8 à 10 ans après la mise en eau des réservoirs vivent dans un environnement où la production et le transfert du mercure le long de la chaîne alimentaire sont similaires à ceux des lacs naturels environnants. Aussi, 20 ans après la mise en eau, les poissons non piscivores de longueur moyenne qui sont âgés d’une dizaine d’années ont des teneurs en mercure équivalentes à celles des poissons des lacs naturels.

Le mercure et la consommation de poisson

Chez la majorité des gens, l’exposition au mercure résulte essentiellement de la consommation de poisson. Le méthylmercure (ou mercure méthylique) est facilement absorbé par le système digestif humain. Il est ensuite transporté par le sang dans tous les organes du corps. Les concentrations les plus importantes se trouvent dans le foie, les reins et le cerveau. Il faut de 50 à 70 jours pour éliminer la moitié du méthylmercure ingéré. Durant la grossesse, le méthylmercure présent dans le sang de la mère traverse le placenta et circule dans le sang de l’enfant à naître.

La préparation du poisson dans un tipi.

Une exposition révélée par les cheveux

Le méthylmercure se mesure dans les cheveux et le sang. L’analyse des cheveux est un excellent moyen de déterminer l’exposition d’une personne au mercure pendant toute une année ou une saison de pêche. En effet, le mercure se dépose à la racine des cheveux et s’y fixe de façon permanente. Puisque les cheveux poussent d’environ un centimètre par mois, la concentration de mercure mesurée sur un centimètre de cheveu reflète la concentration moyenne au cours d’un mois (voir l’affiche : Le mercure dans les cheveux et le sang [PDF 1,2 Mo]). Ainsi, l’analyse de cheveux longs permet d’obtenir un registre de l’exposition au mercure d’une personne pendant plusieurs mois ou plusieurs années.

Le risque pour la santé

Comme pour tout produit chimique, le risque que pose le mercure pour la santé dépend de sa concentration dans le corps. Tout le monde a un peu de mercure dans son organisme, mais les concentrations sont généralement très faibles et ne présentent donc aucun risque pour la santé. Cependant, à dose plus élevée, c’est principalement le système nerveux qui est touché par le méthylmercure.

La plupart des études réalisées jusqu’à présent n’ont pas rapporté d’effets sur la santé associés au méthylmercure chez des individus exposés à long terme et dont la concentration de mercure dans les cheveux était inférieure à 14 ppm. Des effets sur le développement pourraient être observés chez les enfants nés de mères qui ont eu, au moment de la grossesse, plus de 14 ppm de mercure dans les cheveux. Toutefois, près de ce niveau, l’impact sur la santé de l’enfant serait marginal. Chez les adultes, c’est à partir de 50 ppm dans les cheveux que pourraient apparaître les premiers symptômes chez les personnes les plus sensibles, symptômes qui se traduisent le plus souvent par une sensation d’engourdissement dans les doigts et les orteils

Correspondance entre les concentrations de mercure mesurées dans les cheveux et les effets observés sur la santé
Concentration de mercure
dans les cheveux (ppm)
Effets sur la santé observés
< 14 Pas d’effets appréciables chez l’enfant
15 à 50 Pas d’effets cliniques
(effets infracliniques non confirmés)
50 à 200 Seuil d’apparition des premiers symptômes chez l’adulte (paresthésie)
200 à 1 000 Augmentation de la fréquence des effets neurologiques
> 1 000 Effets neurologiques graves conduisant au décès

Une exposition sans danger dans l’est du Canada

Au Québec, les concentrations de mercure dans le poisson, même les plus élevées, sont insuffisantes pour causer les symptômes d’une intoxication au mercure, compte tenu de la faible consommation de poisson. Dans la vaste majorité des cas, la concentration de mercure mesurée chez les pêcheurs du Québec est bien inférieure aux niveaux entraînant des effets sur la santé des adultes ou des enfants à naître.

Les données récentes pour l’est du Canada, dont celles recueillies en 2002 et en 2003 par le Collaborative Mercury Research Network (COMERN) chez les pêcheurs du lac Saint-Pierre et de l’Abitibi ainsi que chez les Innus du Labrador, montrent que l’exposition moyenne est généralement de l’ordre de 1 ppm dans le cheveu (voir le tableau ci-dessous). Cette valeur est bien inférieure au seuil à partir duquel apparaîtraient les premiers effets liés au mercure chez les enfants à naître, puisque, selon les études disponibles, elle se situerait entre 10 et 15 ppm dans les cheveux de la mère.

Niveaux d’exposition au méthylmercure de la population du Québec
Population Nombre de participants Concentration de mercure dans les cheveux
Moyenne
(ppm)
Maximum
(ppm)
Innus de Sept-Îles 83 0,9 4,2
Innus du Labrador 162 0,4 8,1
Innus d’Ekuanitshit 36 0,5 2,0
Havre-Saint-Pierre 94 0,9 4,1
Sept-Îles 56 0,8 2,6
Québec 1 109 0,3 3,7
Oujé-Bougoumou 218 1,6 13,9
Nemaska 97 0,9 8,8
Wemindji 188 1,0 13,8
Eastmain 80 1,6 7,4
Niveaux d’exposition au méthylmercure des pêcheurs sportifs québécois
Pêcheurs Nombre de participants Concentration de mercure dans les cheveux
Moyenne
(ppm)
Maximum
(ppm)
Lac Saint-Pierre 130 0,7 5,8
Montréal* 58 0,2 4,1
Montréal* 40 0,5 4,4
Abitibi 130 0,8 16,1
Matagami 174 2,1 14,6
Baie James 88 3,6 16,4

* Deux études sont disponibles pour Montréal

Recommandations des organismes de santé publique

Les organismes de santé publique doivent s’assurer que les consommateurs de poisson ne dépassent pas le niveau d’exposition au mercure jugé sécuritaire pour leur santé. Ils prescrivent donc un nombre de repas de poisson par mois qui tient compte de la teneur en mercure des poissons selon le lieu de capture, ainsi que des résultats des études épidémiologiques récentes.

Un processus sécuritaire

Le tableau suivant illustre le processus utilisé par les organismes de santé publique pour établir leurs recommandations de consommation de poissons en prenant comme exemple celui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Processus de détermination des recommandations de consommation de poissons
Étape Valeur retenue par l’OMS
Détermination du seuil d’exposition
14 ppm dans les cheveux
Calcul de l’apport quotidien
1,5 µg Hg/kg/j
Application d’un facteur de sécurité
6,4 (variant de 4,5 à 10 selon les institutions)
Calcul de la dose journalière admissible (DJA)
0,23 µg Hg/kg/j
Nombre de repas par mois Selon la teneur en mercure, le poids corporel et la portion consommée

Les organismes de santé publique déterminent d’abord, selon l’analyse des études épidémiologiques récentes, un seuil d’exposition à partir duquel apparaîtraient les premiers symptômes d’une intoxication au mercure. Dans l’exemple choisi, il s’agit de 14 ppm, ou microgramme (µg) de mercure (Hg) par gramme (g) de cheveu, dans les cheveux de la mère.

On calcule ensuite l’apport quotidien de mercure que la mère doit assimiler sur une base régulière pour atteindre ce seuil d’exposition. Pour atteindre 14 ppm, l’apport quotidien est de 1,5 µg de mercure par kilogramme de poids corporel.

On applique ensuite un facteur de sécurité pour être vraiment certain d’éviter tout risque pour la santé. L’OMS prend en compte un facteur de sécurité de 6,4 qui tient compte des variabilités individuelles dans le taux d’assimilation du mercure et dans l’efficacité de son transfert du sang au cheveu.

La dose journalière admissible de mercure, c’est-à-dire la dose journalière qu’on recommandera de ne pas dépasser, s’obtient en divisant l’apport quotidien par le facteur de sécurité choisi. Pour protéger l’enfant à naître, l’OMS recommande à la mère de ne pas dépasser une dose journalière de 0,23 µg de mercure par kilogramme de poids corporel.

Le nombre de repas de poisson par mois que la mère pourra consommer sans danger se calcule selon les critères suivants :

  • une dose journalière admissible de 0,23 µg/Hg/kg de poids corporel ;
  • un poids corporel de 60 kg ;
  • une portion de 230 g de poisson avant cuisson.

Pour la majorité des mères, le respect de la fréquence de consommation ainsi obtenue mènera à un niveau d’exposition très sécuritaire, d’environ 2 ppm dans le cheveu, soit généralement de 6,4 fois inférieur au seuil d’exposition de 14 ppm à partir duquel apparaîtraient les premiers symptômes.

Le seuil d’effet de 14 ppm protège l’enfant à naître et s’adresse particulièrement à la femme enceinte, celle qui allaite ou celle qui planifie une grossesse, ainsi qu’aux enfants, dont le système nerveux est encore en développement. Pour les autres adultes, l’OMS considère que l’on peut assimiler quotidiennement jusqu’à 2 fois la dose admissible journalière, soit jusqu’à 0,46 µg de mercure par kilogramme de poids corporel sans aucun risque d’atteinte neurologique.

Santé Canada

Même si son interprétation des résultats des études épidémiologiques diffère légèrement de celle de l’OMS, Santé Canada obtient sensiblement les mêmes doses journalières admissibles de mercure en appliquant le même processus :

Pour les adultes

  • seuil d’exposition de 50 ppm à partir duquel apparaîtraient les premiers symptômes ;
  • apport quotidien correspondant de 3 à 7 µg de mercure par kilogramme de poids corporel ;
  • facteur de sécurité de 10 ;
  • dose journalière admissible de 0,47 µg de mercure par kilogramme de poids corporel.

Pour protéger l’enfant à naître

  • seuil d’exposition de 10 ppm dans les cheveux de la mère à partir duquel apparaîtraient les premiers symptômes chez l’enfant à naître ;
  • apport quotidien de 1 µg de mercure par kilogramme de poids corporel ;
  • facteur de sécurité de 5 ;
  • dose journalière admissible de 0,20 µg de mercure par kilogramme de poids corporel.

Santé Canada recommande donc une dose journalière admissible de 0,20 µg/Hg/kg de poids corporel pour la femme en âge d’avoir des enfants ainsi que pour les enfants, et de 0,47 µg/Hg/kg de poids corporel pour les autres adultes.

Du poisson au menu

Malgré la présence de faibles quantités de méthylmercure, le poisson est excellent pour la santé. Il contient entre autres des acides gras de haute qualité, appelés oméga-3, qu’on ne trouve pas dans la viande rouge. Ces gras auraient un effet bénéfique sur le développement de l’enfant à naître et contribueraient à la prévention des maladies cardiovasculaires.

Pour éviter tout risque associé au mercure, il suffit de respecter les recommandations de consommation émises selon la teneur en mercure dans les poissons et les doses journalières admissibles déterminées par Santé Canada et l’OMS.

Les outils de communication

Un travail d’équipe

En raison du risque potentiel pour la santé des consommateurs de poissons que représente l’augmentation marquée mais temporaire de la teneur en mercure des poissons causée par les aménagements hydroélectriques, Hydro-Québec travaille de concert avec les organismes de santé publique des régions où elle réalise des projets.

Bien que la responsabilité du suivi de la teneur en mercure relève d’Hydro-Québec, la gestion de la santé des pêcheurs sportifs et des pêcheurs de subsistance dépend des agences régionales de la santé et des services sociaux du Québec. Dans le cadre de ce travail d’équipe, Hydro-Québec fournit les données concernant la teneur en mercure des poissons. Hydro-Québec collabore aussi à la production de guides de consommation basés sur les doses journalières admissibles recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et Santé Canada.

Recommandations de consommationCe tableau présente les recommandations du nombre de repas de poisson à consommer par mois, en fonction des teneurs en mercure, selon un code de couleurs.
Teneur en mercure
en ppm* (mg/kg)
Nombre maximal de repas recommandé par mois
Vert. 0,00 à 0,29 Sans restriction
Jaune. 0,30 à 0,49 8 repas par mois
Orange. 0,50 à 0,99 4 repas par mois
Rouge. 1,00 à 1,99 2 repas par mois
Bourgogne. 2,00 à 3,75 1 repas par mois

*parties par millions

Lac naturels
Vert. Grand corégone
500 mm (20 po.)
Vert. Truite mouchetée
300 mm (12 po.)
Vert. Ouananiche
500 mm (20 po.)
Orange. Grand brochet
800 mm (32 po.)
Orange. Truite grise
600 mm (24 po.)

Des guides colorés

Les guides indiquent le nombre de repas par mois recommandé pour différentes espèces de poissons, selon le lieu où elles sont capturées. Ces recommandations sont illustrées par un code de couleur. Par exemple, le cercle vert signifie que la teneur en mercure du poisson est faible et qu’on peut le consommer sans restriction. Le cercle rouge signale que la teneur en mercure du poisson est élevée et qu’il est recommandé de n’en consommer qu’une fois par mois.

Au moyen de cartes géographiques, ces guides indiquent, pour chaque espèce de poisson et pour chaque secteur de la région, le nombre maximal de repas par mois permettant de maintenir un niveau d’exposition au mercure inférieur aux valeurs recommandées par les organismes de santé publique. En suivant ces recommandations, les consommateurs peuvent bénéficier de la grande qualité nutritive du poisson.

Des recommandations particulières sont faites aux femmes enceintes ou à celles qui désirent le devenir bientôt, pour que leur bébé puisse également profiter des nutriments du poisson qui favorisent le développement du cerveau, et éviter tout risque associé au mercure.

Des guides adaptés aux communautés locales

La population de Gros-Mécatina, située sur la Basse-Côte-Nord, a participé à l’élaboration du guide de consommation de sa région, en déterminant l’information souhaitée de même que la manière de la présenter. La population ne voulait pas de recettes santé pour apprêter le poisson, mais plus d’information concernant l’évolution des populations de poissons dans le réservoir Robertson.

Au complexe La Grande, les teneurs en mercure des poissons dans la majorité des milieux modifiés sont revenues aux valeurs représentatives des milieux naturels de la région. Le moment est donc bien choisi pour faire la promotion des bienfaits pour la santé que procure la consommation de poisson.

Les plus récents outils de communication

Deux nouveaux guides alimentaires présentant les qualités nutritives du poisson et ses bienfaits pour la santé ont été publiés en 2013. Il s’agit du Guide alimentaire des poissons nordiques – Région de la Baie-James (en français et en anglais) et du Guide alimentaire des poissons et fruits de mer de la Côte-Nord (en français). Ils ont été produits par l’unité Environnement de la direction – Gestion des actifs et conformité réglementaire et les directions régionales La Grande Rivière et Manicouagan d’Hydro-Québec Production, ainsi que par la direction – Santé et sécurité d’Hydro-Québec, en étroite collaboration avec les organismes de santé publique suivants : l’Institut national de santé publique du Québec, le Centre de recherche du CHU de Québec, le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James, le Centre régional de santé et de services sociaux de la Baie-James et l’Agence de la santé et des services sociaux de la Côte-Nord.

Ces guides se veulent des outils de promotion de la consommation de poisson et de fruits de mer, qui mettent l’accent sur leurs qualités nutritives et leurs bienfaits pour la santé. Ils permettent également de rassurer les consommateurs sur la question du mercure. De plus, ils contiennent une foule de renseignements susceptibles d’intéresser les amateurs de pêche, comme l’habitat préféré des principales espèces de poissons, les périodes propices à la pêche, les leurres les plus efficaces, le record de prise, la saveur de la chair et, bien sûr, de nombreuses recettes pour mieux savourer les produits capturés. Ils sont distribués à tous les foyers cris de la Baie-James, aux Conseils des Innus et des Montagnais de la Côte-Nord, ainsi qu’aux ministères, municipalités, pourvoyeurs et associations de pêcheurs concernés.

On peut les consulter à l’aide des liens de se site web, ou se les procurer en composant le : 1-800-ENERGIE.

La recherche

Un phénomène inconnu

Dans les années 1970, au moment des travaux préliminaires à la mise en eau du réservoir Robert-Bourassa (dont le remplissage s'est terminé en 1979 et qui a été le premier du complexe La Grande), l'augmentation temporaire de la teneur en mercure dans les réservoirs était un phénomène inconnu. Les connaissances sur le cheminement du mercure dans les milieux aquatiques naturels étaient même très incomplètes.

Dans le cadre des travaux du réseau de suivi environnemental (RSE) du complexe La Grande, la teneur en mercure des poissons des lacs de la région a été mesurée avant, pendant et après la mise en eau des réservoirs. Dès que les résultats du RSE ont révélé une augmentation significative de la teneur en mercure dans les poissons, Hydro-Québec a élaboré un programme de recherche exhaustif dans le but d'élucider les mécanismes responsables de ce phénomène et de cerner les risques pour la santé non seulement des poissons, des oiseaux et des mammifères piscivores, mais aussi des pêcheurs sportifs et des pêcheurs de subsistance.

Des partenariats de recherche

Hydro-Québec s'est assurée de la collaboration de plusieurs partenaires afin de mener à bien son programme de recherche :

  • la Chaire de recherche en environnement formée par Hydro-Québec, le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada et l'Université du Québec à Montréal, pour étudier le cheminement du mercure dans les milieux naturels et aménagés du Nord québécois ;
  • l'Université de Sherbrooke, pour les travaux de modélisation du mercure dans les poissons des réservoirs hydroélectriques ;
  • la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, pour une étude clinique sur les effets d'une exposition au mercure sur le vison ;
  • le Service canadien de la faune, pour une étude sur les effets du mercure sur le succès de reproduction du balbuzard pêcheur ;
  • l'Institut des eaux douces de Pêches et Océans Canada, pour l'étude du taux de méthylation du mercure dans des réservoirs expérimentaux ;
  • l'Unité de recherche en santé publique du Centre hospitalier universitaire de l'Université Laval, pour la production de guides de consommation de poisson ;
  • le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James, pour la production d'un guide nutritionnel sur les poissons de la région de la Baie-James.

Ces nombreux partenariats ont permis à Hydro-Québec de bien approfondir la question du mercure dans les réservoirs hydroélectriques et de se maintenir à la fine pointe de la recherche sur le sujet.

De l'acquisition de connaissances à la gestion du risque pour la santé des consommateurs de poisson

De 1978 à 1985, les activités d'Hydro-Québec sur le mercure visaient essentiellement à suivre l'évolution de la teneur en mercure des poissons des réservoirs du complexe La Grande et à réaliser des études complémentaires permettant de comprendre les phénomènes observés dans le cadre du suivi.

De 1986 à 1988, les activités de recherche d'Hydro-Québec étaient réalisées conformément à la Convention sur le mercure (1986), comme décrit ci-après (voir Les conventions sur le mercure).

De 1988 à 2010, Hydro-Québec s'est dotée d'un programme institutionnel de recherche sur le mercure, en plus de poursuivre ses activités liées aux conventions sur le mercure [1986 et 2001]. Ce programme visait à répondre aux besoins de l'entreprise qui n'étaient pas prioritaires pour les autres partenaires de ces conventions.

Voici les principales activités réalisées dans le contexte de ce programme :

  • le suivi de la teneur en mercure des poissons du complexe La Grande ;
  • la modélisation de la teneur en mercure des poissons des futurs réservoirs ;
  • la détermination du risque pour les populations d'oiseaux et de mammifères piscivores ;
  • la détermination des risques et des bienfaits pour la santé liés à la consommation de poisson ;
  • la recherche de mesures d'atténuation permettant de réduire l'augmentation de la teneur en mercure des poissons dans les réservoirs récemment mis en eau.

Pour en savoir plus

Pour en savoir plus sur les enseignements tirés de ces recherches, vous pouvez consulter la monographie produite à la suite d'une initiative de la Chaire de recherche en environnement Hydro-Québec-CRSNG-UQAM. (Lucotte, M., R. Schetagne, N. Thérien, et A. Tremblay. 1999. Mercury in the Biogeochemical Cycle: Natural Environments and Hydroelectric Reservoirs of Northern Québec (Canada). New York, Springer. 334 p.).

Une monographie sur le mercure

Ce document est un recueil de quatorze articles scientifiques en anglais auxquels s'ajoutent un résumé et une synthèse en français. Les articles traitent de sujets variés, notamment l'augmentation de la teneur en mercure des sédiments lacustres à la suite des dépôts atmosphériques d'origine anthropique, les mécanismes responsables de la méthylation du mercure et de son transfert à la chaîne alimentaire des réservoirs, les raisons pour lesquelles l'augmentation de la teneur en mercure dans les poissons est temporaire et les risques pour la faune, comme le vison et le balbuzard pêcheur.

Les activités actuelles d'Hydro-Québec sur la question du mercure

Un programme orienté vers la gestion du risque pour la santé des consommateurs de poisson

Le programme de recherche institutionnel réalisé par Hydro-Québec et ses partenaires a permis de bien cerner l'ampleur, la durée et les principaux mécanismes responsables de l'augmentation de la teneur en mercure dans les poissons des jeunes réservoirs. Il a également permis de montrer que cette augmentation ne met pas en danger les populations de poissons, d'oiseaux et de mammifères se nourrissant de poissons. En conséquence, les activités actuelles d'Hydro-Québec sur le mercure se concentrent sur la gestion et la communication du risque potentiel pour la santé des pêcheurs sportifs et des pêcheurs de subsistance que pose la consommation de poissons capturés dans les nouveaux réservoirs.

Les activités en cours sont principalement liées aux engagements et obligations d'Hydro-Québec décrites dans les certificats d'autorisations gouvernementales des aménagements hydroélectriques récents. Elles comprennent les éléments suivants :

  • le suivi régulier de la teneur en mercure des poissons des réservoirs ;
  • l'amélioration des modèles de prévision de la teneur en mercure des poissons des réservoirs projetés par l'entreprise ;
  • le développement de méthodes d'analyse du risque pour la santé des consommateurs que représente l'augmentation temporaire des teneurs en mercure des poissons ;
  • le soutien technique aux organismes de santé publique des régions où sont aménagées les installations d'Hydro-Québec, notamment le calcul du nombre de repas par mois de chaque espèce de poisson, dans chaque milieu aménagé, qui peut être consommé sans dépasser le niveau d'exposition recommandé pour éviter tout risque pour la santé lié au mercure ;
  • le développement d'outils, le suivi de leur efficacité et leur amélioration pour informer adéquatement les consommateurs de poisson sur les risques potentiels pour la santé liés au mercure.

Une méthode innovatrice d'analyse du risque additionnel pour la santé des consommateurs de poisson

Dans le contexte de l'étude d'impact portant sur l'aménagement du complexe hydroélectrique de la Romaine, une méthode innovatrice d'analyse du risque pour la santé a été élaborée à la demande de Santé Canada et de l'Agence de la santé et des services sociaux de la Côte-Nord. L'approche suivie consiste à mesurer l'exposition actuelle au mercure des populations locales et à déterminer les principales sources de mercure dans le régime alimentaire, ainsi que les teneurs actuelles dans ces sources. L'exposition future des populations locales est calculée selon les teneurs futures des sources de mercure touchées par le projet (obtenues par un modèle de simulation), selon différents scénarios de consommation de poisson et selon l'intention avouée de pêcher dans les nouveaux réservoirs. Le risque additionnel pour la santé des consommateurs de poisson est ensuite évalué selon les seuils reconnus d'effet sur la santé (voir le document PDF disponible sur le sujet [PDF 746 Ko]).

Les résultats de cette analyse approuvée par Santé Canada montrent que l'aménagement du complexe hydroélectrique de la Romaine n'entraîne pas de risque additionnel pour la santé lié à la consommation de poisson. Santé Canada a déposé, durant les audiences publiques tenues sur le projet, un mémoire dans lequel les experts ont conclu que les futurs niveaux d'exposition au mercure des populations locales n'étaient pas préoccupants pour la santé.

Lectures suggérées pour connaître les résultats de ces activités de recherche

Les documents suivants peuvent être consultés au centre de documentation en environnement et collectivités d'Hydro-Québec.

  • BÉLANGER, D. et N. LARIVIÈRE. 1997. Développement et validation de biomarqueurs d'effets physiopathologiques précoces chez certains piscivores relativement à leur exposition au méthylmercure. Montréal, Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal en partenariat avec le Comité de la Baie James sur le mercure, Hydro-Québec et le ministère de l'Environnement et de la Faune. 94 p. et ann.
  • BROUARD, D., J.-F. DOYON et R. SCHETAGNE. 1994. « Amplification of Mercury Concentration in Lake Whitefish (Coregonus clupeaformis) Downstream from Robert-Bourassa Reservoir, James Bay, Québec ». Proceedings of the International Conference on Mercury Pollution: Integration and Synthesis. Boca Raton, Lewis Publishers. p. 369-380.
  • CASTONGUAY, DANDENAULT ET ASSOCIÉS. 2001. Programme mercure – Exposition au mercure des pêcheurs sportifs de la baie James : enquête de récolte, de consommation et caractérisation du mercure corporel. Préparé pour Hydro-Québec Hydraulique et environnement, direction – Expertise et support technique. Montréal. 55 p. et ann.
  • DESGRANGES, J.-L., J. RODRIGUE, B. TARDIF et M. LAPERLE. 1994. Exposition au mercure de balbuzards nichant sur les territoires de la Baie-James et de la baie d'Hudson. Série de rapports techniques no 220. Québec, Service canadien de la faune, région du Québec. 129 p et ann.
  • HYDRO-QUÉBEC PRODUCTION et SEBJ. 2013. Centrales de l'Eastmain-1-A et de la Sarcelle et dérivation Rupert – Évaluation de l'efficacité des outils d'information sur le mercure et la consommation de poisson. Version corrigée. Rapport préparé par GENIVAR-Waska pour Hydro-Québec et la SEBJ. Pagination multiple et ann.
  • LAPERLE, M. 1999. Évaluation des risques écotoxicologiques chez la faune exposée au méthylmercure contenu dans le biote des réservoirs. Préparé pour Hydro-Québec Hydraulique et environnement, direction – Expertise et support technique de production. Montréal. 74 p. et ann.
  • LUCAS, M., C. BLANCHET, É. DEWAILLY et R. SCHETAGNE. 2003. Profil nutritionnel des poissons nordiques. Complexe La Grande. Rapport conjoint préparé par l'Unité de recherche en santé publique du Centre de recherche du CHUL-CHUQ et Hydro-Québec Production, direction – Santé et sécurité. Montréal. 29 p. et ann.
  • LUCOTTE, M., R. SCHETAGNE, N. THÉRIEN, C. LANGLOIS et A. TREMBLAY. 1999. Mercury in the Biogeochemical Cycle: Natural Environments and Hydroelectric Reservoirs of Northern Québec. Berlin, Springer. 334 p.
  • POULIN-THÉRIAULT, GAUTHIER-GUILLEMETTE. 1993. Méthode de caractérisation de la phytomasse appliquée aux complexes Grande-Baleine et La Grande. Préparé pour Hydro-Québec, vice-présidence – Environnement. Montréal. 152 p. et ann.
  • QSAR INC. 2001. Évaluation de l'exposition au méthylmercure chez les pêcheurs sportifs de la région de Matagami. Rapport préparé pour Hydro-Québec Hydraulique et environnement. Montréal. 47 p. et ann.
  • SCHETAGNE, R., J.-F. DOYON et J.-J. FOURNIER. 2000. « Export of Mercury Downstream from Reservoirs ». The Science of Total Environment. No 260, p. 135-145.
  • SCHETAGNE, R., J. THERRIEN et R. LALUMIÈRE. 2002. Suivi environnemental du complexe La Grande. Évolution des teneurs en mercure dans les poissons. Rapport synthèse 1978-2000. Montréal, groupe en génie-conseil GENIVAR et direction – Barrages et environnement de la division Hydro-Québec Production. 193 p. et ann.
  • TREMBLAY, G., J.-F. DOYON et R. SCHETAGNE. 1996. Réseau de suivi environnemental du complexe La Grande. Démarche méthodologique relative au suivi des teneurs en mercure des poissons. Rapport conjoint du groupe en génie-conseil GENIVAR inc. et d'Hydro-Québec. Montréal. 33 p. et ann.
  • TREMBLAY, G., P. LEGENDRE, J.-F. DOYON, R. VERDON et R. SCHETAGNE. 1998. « The Use of Polynomial Regression Analysis with Indicator Variables for Interpretation of Mercury in Fish Data ». Biogeochemistry. Vol. 40, p. 189-201.

Les conventions sur le mercure

Le poisson représente une importante source traditionnelle de nourriture pour les Cris de la Baie-James. Une étude réalisée au milieu des années 1970 a révélé que le poisson représentait de 15 à 20 % de la nourriture sauvage consommée par les Cris. À cette époque, soit avant la mise en eau des réservoirs, la découverte de la teneur élevée en mercure des poissons des plans d'eau situés au sud du territoire de la Baie-James – un phénomène causé par une source de pollution industrielle – a incité les Cris de toutes les communautés à modifier leurs stratégies de pêche et de consommation de poisson. Les communautés de la partie sud du territoire ont réagi plus fortement que celles de la partie nord. Au début de la décennie suivante, la découverte d'une importante augmentation de la teneur en mercure des poissons des réservoirs du complexe La Grande allait accroître les appréhensions des communautés installées au nord du territoire.

Étant donné l'importance du poisson dans l'alimentation des Cris et la teneur élevée en mercure de certaines espèces de poissons en milieu naturel et en réservoir, le problème du mercure préoccupait les neuf communautés cries du territoire. Les familles qui s'adonnaient aux activités traditionnelles, soit environ 30 % de la population au début des années 1980, étaient les plus susceptibles d'être exposées à une teneur élevée en méthylmercure et particulièrement celles qui pêchaient régulièrement les poissons piscivores des lacs et des réservoirs.

Une première convention sur le mercure

C'est la raison pour laquelle, en 1986, les Cris de la Baie-James, Hydro-Québec et le gouvernement du Québec ont signé la Convention sur le mercure (1986). Sa mise en œuvre a été assurée par le Comité de la Baie James sur le mercure, composé de six personnes représentant les trois groupes signataires. Les principaux objectifs de cette convention étaient de minimiser chez les Cris les effets potentiels du mercure sur leur santé, de préserver leur mode de vie et leurs activités traditionnelles de chasse et de pêche et de convenir, le cas échéant, des travaux à réaliser pour diminuer la teneur en mercure des poissons.

Le Comité de la Baie James sur le mercure devait composer avec une question complexe ayant des considérations environnementales, culturelles et de santé publique. S'il était important, notamment, de réduire le risque pour la santé, il ne fallait pas ignorer pour autant les bienfaits liés à la consommation de poisson.

Le financement de cette convention, dont 12 millions de dollars sur un budget total de 18 millions provenaient d'Hydro-Québec, était assuré pour 10 ans. Pendant cette période, le Comité a supervisé le programme de suivi de la teneur en mercure des poissons, soit le volet environnement qui était sous la responsabilité d'Hydro-Québec. Il a également supervisé le programme de suivi du niveau d'exposition au mercure des Cris du territoire de la Baie-James, soit le volet santé qui était sous la responsabilité du Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James. De plus, des recherches portant sur l'environnement, la santé et les aspects socioculturels ont été entreprises et des mesures d'atténuation ont été suggérées.

On pouvait envisager deux types de mesures d'atténuation afin de réduire le risque pour la santé tout en favorisant les activités traditionnelles de chasse et de pêche. Le premier type visait à diminuer la production de méthylmercure et son accumulation dans la chair des poissons. Une revue des mesures de ce premier type, proposées dans la documentation scientifique réalisée au début de la convention, a révélé une connaissance insuffisante des mécanismes de production et de transfert du méthylmercure vers les poissons, ainsi que l'absence de mesures techniquement et économiquement rentables à grande échelle.

Le Comité de la Baie James sur le mercure a donc dirigé ses activités, dès 1989, vers le second type de mesures, qui avait plutôt pour but d'orienter les activités traditionnelles de chasse et de pêche vers les poissons des milieux côtiers de la baie James, des lacs naturels adjacents aux réservoirs ou vers d'autres ressources fauniques présentant une faible teneur en mercure. Le Comité a aussi financé des pêches communautaires dans des régions où la teneur en mercure des poissons est faible ainsi que divers aménagements favorisant la production et la récolte d'espèces fauniques non piscivores, à faible teneur en mercure. La mise en œuvre de ces mesures a contribué à réduire l'exposition des Cris au mercure tout en encourageant leurs activités traditionnelles d'exploitation des ressources piscicoles et fauniques.

Plusieurs affiches présentant la question du mercure, les risques pour la santé et les bienfaits associés à la consommation de poissons ont été produites :

  • Le mercure dans la chaîne alimentaire
  • Le mercure dans la faune autre que le poisson
  • Le mercure dans les cheveux et le sang
  • Le mercure méthylique dans le corps humain
  • Les recommandations alimentaires

Des campagnes d'information ont eu lieu auprès des conseils de bande, des responsables locaux de santé publique et de la population de chaque communauté crie.

Une convention renouvelée

La Convention sur le mercure de 1986 a été renouvelée avec un budget de 27 millions de dollars pour donner naissance à la Convention sur le mercure (2001). Une société à but non lucratif, la Corporation Niskamoon, a été fondée pour mettre en œuvre cette nouvelle convention. Le conseil d'administration de la Corporation Niskamoon était formé de cinq membres cris et de trois membres d'Hydro-Québec. Cette deuxième convention a été en vigueur de 2001 à 2012, soit – comme prévu – jusqu'à épuisement des fonds disponibles.

Les activités poursuivies comprenaient des programmes de recherche en environnement et en santé totalisant 8 millions de dollars, mais surtout des mesures pour restaurer les activités de pêche cries, étant donné le faible taux d'exposition au mercure de la grande majorité des Cris et leur faible consommation de poissons locaux, mais compte tenu des bienfaits du poisson pour la santé. Une étude menée en 2010 révélait en effet qu'environ 70 % des Cris de la Baie-James consommaient du poisson local moins d'une fois par semaine.

Dans ce contexte, des activités de pêche ont été financées pour enseigner les méthodes traditionnelles cries de capture, de conservation et de préparation des poissons, ainsi que pour permettre la distribution de poissons dans les villages cris, comme l'omble de fontaine anadrome, dont la teneur en mercure est particulièrement faible. La mise en valeur d'habitats pour les poissons et la faune ainsi que l'aménagement d'étangs pour la chasse à la sauvagine ont également été financés par la Corporation Niskamoon.